—Vous comprenez bien, mon cher collègue, disait-il, que votre argument tiré de la diminution de la masse solaire ne peut se soutenir un seul instant, l'hydrogène contenu dans l'intérieur du Soleil est soumis à une pression si formidable et, d'autre part, il y occupe un espace si considérable, que d'ici que les éruptions par lesquelles il reconquiert sa liberté aient dégonflé l'astre central, il s'écoulera des millions et des millions de siècles.
—Alors, qu'arrivera-t-il?
—Il arrivera, sans doute, que le Soleil s'éteindra, comme, sans doute, avant lui, se sont éteints bien d'autres soleils, la nature n'est pas immuable, mon cher collègue, c'est l'éternelle transformation qui fait l'éternelle vie.
Ossipoff demeura un moment silencieux.
Le ballon venait de s'abattre à Longchamps, le jour du Grand Prix.
Puis les deux jeunes gens entendirent un petit clappement de langue impatienté suivi de ces mots prononcés d'un ton sec:
—Il se fait tard, si nous allions prendre quelque repos?
—À votre aise, mon cher collègue, répondit doucereusement Fédor Sharp.
Les deux jeunes gens n'eurent que le temps de se jeter sur leur hamac; déjà les pas des savants résonnaient dans l'escalier.