Tout à coup, sans qu'aucune perturbation antérieure l'eût fait prévoir, il se produisit, venant de la masse solaire, une poussée formidable, titanesque; la nuée gazeuse se déchira, se disloqua, s'éparpilla dans l'espace en effilochures brillantes qui s'élevèrent, en moins de dix minutes, jusqu'à trois cent mille kilomètres de hauteur.

Au fur et à mesure qu'ils s'élevaient, ils diminuaient de dimension et d'éclat pour se fondre dans l'espace, comme des bulles de savon qui se crèvent, et bientôt il ne resta plus, pour rappeler le souvenir de ce merveilleux feu d'artifice, que quelques flocons nuageux, avec, près de la chromosphère, des flammes basses un peu plus brillantes.

Mais bientôt, de la surface solaire, sortit un nuage enflammé, de petites dimensions d'abord, mais qui s'accrut rapidement jusqu'à des proportions considérables; alors, des flancs de ce nuage jaillirent des gerbes de flammes qui commencèrent par rouler tumultueusement les unes sur les autres, comme si elles n'eussent point eu d'équilibre, puis, soudain, une dernière poussée solaire, plus violente, sans doute, que les précédentes, les fit s'élever à une hauteur de 80,000 kilomètres; une fois là, elles s'évanouirent.

Longtemps encore, les Terriens attendirent, espérant que cette admirable vision, allait apparaître de nouveau à leurs yeux éblouis.

Mais le disque solaire avait repris son aspect ordinaire et rien, dans la chromosphère, ne faisait présumer une nouvelle éruption; cependant, ils demeuraient muets, immobiles, sous le charme de ce magnifique spectacle.

Fricoulet, le premier, rompit le silence:

—Ma parole! s'écria-t-il d'une voix encore tremblante d'émotion, cela seul vaut le voyage.