Et il courut reprendre sa place à la lunette.
Ossipoff, saisi d'un pressentiment, sauta sur la jumelle marine que Farenheit portait constamment en sautoir et la braqua sur l'astre flamboyant.
—Grand Dieu! exclama-t-il.
Puis il se tut, tout entier à sa contemplation.
Ce que voyant, Fricoulet se jeta par les degrés et remonta, armé de l'une des lunettes de rechange trouvées dans l'obus de Fédor Sharp.
Quelques instants après, toute la colonie était installée sur la plate-forme, contemplant le Soleil, les uns à l'aide d'un télescope, les autres avec une jumelle, ceux-ci avec une longue-vue, et tous, muets, haletants, fixés dans une immobilité stupide, ils demeurèrent là.
C'est qu'en vérité, le spectacle qui s'offrait à eux était fantastique.
Il semblait que tout le nimbe occidental du Soleil eût éclaté soudain et que des flancs de l'astre un incendie formidable eût été projeté dans l'espace: c'étaient comme des tourbillons de flammes dans lesquels luisaient avec une intensité merveilleuse des fusées, longues de plusieurs milliers de kilomètres.
Peu à peu, cependant, l'éruption parut se calmer, les flammes diminuèrent d'éclat, et il ne resta bientôt plus, flottant à 24,000 kilomètres de la surface solaire, qu'une masse gazeuse légèrement irisée, haute d'environ 88,000 kilomètres sur une longueur de 160,000; cette masse paraissait tranquille, immobile même et elle était rattachée à la surface solaire par trois ou quatre colonnes verticales, brillant d'un éclat très vif et animées, au contraire, d'un grand mouvement.