D'un coup de coude discrètement appliqué dans les côtes, l'ingénieur lui imposa silence.

—Nous allons transporter dans l'obus tout ce que contient la sphère, puis nous pousserons l'obus sur la surface de l'océan, dans lequel nous vous avons repêché, jusqu'à ce que la sonde nous donne une profondeur suffisante... ensuite, nous nous enfermerons dans le projectile que notre poids fera couler à pic et nous attendrons, ainsi submergés, que la comète, après avoir contourné le disque solaire, ait pris le chemin de son aphélie.

—C'est fort joli, s'écria Ossipoff, mais nos observations astronomiques?

—Ah! pour cela, dit plaisamment l'ingénieur, vous devrez remiser vos instruments pendant quelques jours.

Sharp se croisa les bras.

—Alors, bougonna-t-il, nous serons venus de si loin en pure perte! cela n'est pas possible.

—Écoutez donc, fit Gontran en lui mettant la main sur l'épaule, libre à vous de ne pas nous suivre et de vous faire volatiliser par le Soleil.

—Une belle mort, pleine de poésie et qui n'est pas ordinaire, ajouta Fricoulet en ricanant...

—C'est là un genre de suicide qui n'est pas à la portée de tout le monde, déclara froidement sir Jonathan.