—Si vous voulez avoir mon avis, cher collègue, répondit-il, le voici: étant donné la rapidité avec laquelle notre comète court sur son orbite, plus de 500 kilomètres par seconde, j'ai la persuasion qu'en dépit de la fournaise qu'elle va traverser, elle n'aura pas le temps de recevoir une chaleur bien profonde... sa surface peut-être aura à souffrir; mais en prenant quelques précautions...
—Hum! fit Sharp en hochant la tête d'un air de doute.
—Rappelez-vous, mon cher collègue, la comète de 1843, repartit le vieillard; ce n'est pas à une distance de 230,000 lieues, comme nous allons le faire, qu'elle a contourné le Soleil, mais bien à 31,000 lieues seulement. Or, comme nous l'a prouvé l'admirable phénomène auquel nous venons d'assister, les matériaux enflammés que l'astre central rejette de son sein sont lancés parfois à une hauteur qui atteint jusqu'à 80,000 lieues, il a donc fallu que cette comète traversât ce brasier qui, suivant les prévisions de la science, aurait dû la consumer, la volatiliser, l'anéantir... eh bien! elle est sortie de là absolument intacte et nullement dérangée dans son cours.
—Les comètes sont, sans doute, de la race des salamandres, murmura Gontran.
Le nez de Fédor Sharp s'était démesurément allongé.
Puis l'ex-secrétaire perpétuel leva les bras au ciel et déclara, d'un ton rogue, qu'il entendait dégager sa responsabilité de tout ce qui allait advenir.
—Il est bien bon, grommela Farenheit; ce n'est pas ma responsabilité seulement que je voudrais dégager, c'est moi-même.
—Soyez tranquille, sir Jonathan, fit Fricoulet qui avait entendu la réflexion de l'Américain, mon ami Gontran a trouvé un moyen excellent, je crois, pour nous mettre à l'abri des rayons solaires.
—Moi! voulut dire le jeune comte.