Tandis que Gontran et Sharp ayant fini leur tâche transformaient en citerne étanche une excavation propice, Fricoulet, à l'aide d'un insolateur Pifre retrouvé dans l'obus, distillait le liquide étrange existant à la surface de la comète; en peu de temps, la citerne fut remplie d'eau en quantité suffisante pour que l'on pût s'occuper de la fabrication du gaz.

Non loin de là, Fricoulet, toujours fureteur, avait découvert un gisement de schistes pyriteux; il fit griller ces pépites au contact de l'air, ce qui lui donna une certaine quantité de sulfate de fer cristallisé qu'il introduisit dans des cornues de terre placées sur un feu vif et mises en relation avec des ballons de verre...

Sous l'influence de la chaleur, le sulfate de fer se décomposa, l'acide sulfurique se condensa dans les ballons et il ne demeura plus, dans les cornues, que du colcothar ou rouge d'Angleterre, résidu de la fabrication.

Un immense baquet de bois, construit de la même façon que le tonneau, fut rempli de cet acide et mélangé de deux fois son poids d'eau distillée. Après quoi, pour obtenir l'hydrogène, il suffit de mettre ce mélange en contact avec le minerai de fer du tonneau.

Tout ces préparatifs avaient demandé près de deux mois, deux mois de travail acharné pendant lesquels, la patience et l'habileté des Terriens, plus que leurs forces, furent mises à une rude épreuve, deux mois, pendant lesquels les études astronomiques furent laissées de côté au point qu'une araignée aurait pu tisser sa toile sur l'objectif de la lunette...

Aussi l'étonnement de Gontran fut-il grand, lorsqu'un soir, braquant l'instrument sur l'espace, il aperçut sa planète natale avec ses continents bizarrement découpés, les taches sombres de ses océans, l'apparence blanchâtre de ses neiges polaires et ses volutes de nuages s'allongeant dans l'atmosphère. Il poussa un profond soupir.

—Qu'as-tu donc? lui demanda Fricoulet qui s'était approché de lui.