Et il ajouta avec un profond soupir:

—Ô imperfection et inanité de la science humaine! que diraient donc ces messieurs de l'observatoire de Paris, s'ils pouvaient apercevoir avec leurs télescopes le satellite martien entouré d'une résille comme un vulgaire chignon de femme.

—Si vous m'en croyez, déclara Farenheit au vieillard, nous chercherons à quitter cette sorte de cage; outre que ces êtres immondes m'inspirent un profond dégoût, la marche n'est rien moins que facile et, pour se maintenir en équilibre, il faut se livrer à des exercices acrobatiques qui n'ont jamais été mon fort.

—Bast! répondit le vieux savant, en ce qui concerne les habitants de ce monde, qu'avez-vous à craindre? en raison de notre pesanteur, cent fois plus faible qu'à la surface de la Terre, notre force se trouve être six cents fois plus grande... d'une chiquenaude vous fracasseriez, comme d'un coup de massue, le crâne d'un de ces individus... quant à la marche, si vous voulez en faire l'essai, vous verrez qu'un simple appel de pied vous transportera comme un oiseau, à quatre kilomètres d'ici... tenez, essayez, si vous n'êtes pas convaincu.

L'Américain secoua la tête.

—J'aurais trop peur de vous perdre, répondit-il.

—À un autre point de vue, poursuivit Ossipoff, je ne demande pas mieux que de marcher un peu... d'abord, cela nous dégourdira les jambes, et puis, je ne serais pas fâché de me faire une idée de ce monde microscopique...

—Microscopique! répéta Farenheit.

—Eh! oui; quel autre nom voulez-vous donner à un mondicule qu'il nous suffira de dix heures pour connaître dans son entier?

Pendant cinq heures, les Terriens marchèrent avec une vitesse égale, ou plutôt avancèrent, par une suite de bonds successifs d'égale hauteur.