Mais tout était désert, stérile, inculte; ni végétaux ni animaux; un silence profond, sinistre, implacable, couvrait de son aile lourde et terrifiante ces plaines bouleversées.

Pendant plusieurs heures, les Terriens se débattirent au milieu de ce chaos inextricable; leurs forces, cependant, s'épuisèrent, en même temps que la faim, la soif surtout, les torturaient épouvantablement, et que, dans leurs poumons essoufflés, un air rare et vicié apportait, non plus la vie, mais l'asphyxie.

Suspendue au bras de Gontran, Séléna se traînait avec peine à la suite de son père qui semblait ne se ressentir aucunement des souffrances endurées par ses compagnons, et marchait en avant d'un pas allègre; fermant la marche, trébuchant à chaque pas, et ne cessant de maugréer, s'avançait Jonathan Farenheit.

Enfin, on sortit de ce pays dévasté et désolant, et la marche devint moins pénible.

Soudain, Gontran poussa un cri de terreur et s'arrêta; la main de Séléna venait d'abandonner le bras auquel elle se soutenait, et la jeune fille, glissant à terre, demeurait étendue, sans mouvements.

Affolé, M. de Flammermont tomba à genoux et, dévissant en toute hâte l'appareil de sélénium qui l'emprisonnait, aperçut alors son visage pâle et décoloré, ses paupières closes dont les longs cils mettaient une ombre sur la joue, ses lèvres blêmies et ses fines narines, immobiles maintenant et aux contours légèrement noircis par un commencement d'asphyxie.

—Séléna! gémit-il, Séléna!!

Mais ce tendre appel se brisa contre les parois de son casque de sélénium; en même temps, un voile épais lui passa devant les yeux et, dans un incroyable effort, pour aspirer les dernières bouffées d'air respirable, ses poumons se dilatèrent, mais en vain.