La provision était épuisée; le soufflet respiratoire se tendit, se referma, se tendit de nouveau; son visage se contracta, ses doigts se crispèrent sur le sol, dans un geste d'agonie, puis il se renversa en arrière, ayant encore, même aux approches de la mort, la pensée suprême de saisir les mains de sa fiancée et de les serrer sur sa poitrine.

By God! grommela Farenheit qui s'était attardé à l'arrière de la petite troupe et qui, en quelques bonds, arriva près des deux jeunes gens, morts! ils sont morts!

Et, sans songer à son respirol qui étouffait le son de sa voix, il se remit à appeler à pleins poumons, Mickhaïl Ossipoff qui, tranquillement, insouciant de ce qui se passait derrière son dos, continuait son chemin.

Partagé entre le désir de prévenir le vieillard et une répugnance bien compréhensible à laisser seuls Gontran et Séléna, l'Américain demeurait là, hésitant, auprès des deux corps étendus à ses pieds, lorsque soudain il vit Mickhaïl Ossipoff s'arrêter, chanceler en portant ses mains à son front, puis battre l'air de ses bras et tournoyer plusieurs fois sur lui-même pour, finalement, tomber à la renverse.

Farenheit crut qu'il allait devenir fou, saisi brusquement par le sentiment de l'épouvantable solitude en laquelle il se trouvait, sur ce monde inconnu, entre les cadavres de ses compagnons; dans un mouvement de désespoir, il leva les yeux vers l'espace pour implorer la miséricorde divine et, comme une réponse à sa prière, un point noir apparut à l'Orient, grossissant à vue d'œil et semblant se diriger vers Phobos.

—Mon Dieu! murmura l'Américain, le cœur serré par une inexprimable angoisse, serait-ce un secours que votre générosité et votre bonté nous envoient!...

Comme il achevait ces mots, il éprouva à respirer une incroyable difficulté et une sorte de sifflement se produisit dans ses poumons qui se dilataient à vide.

By God! pensa-t-il, voilà de quoi ces malheureux sont morts; voilà de quoi je vais mourir moi-même... faute d'air.