L'ingénieur sourit et, tirant son carnet, crayonna rapidement, sur une page blanche, un croquis qu'il mit sous les yeux d'Ossipoff.

Le visage du vieux savant reflétait l'ébahissement le plus profond.

—Certes, déclara Fricoulet, voilà un appareil qui vous produit le même effet qu'il m'a produit tout d'abord: cette espèce de grand cylindre détruit toutes les idées de navigation aérienne que nous avons sur terre... et cependant rappelez-vous ces nombreux modèles affectant la forme d'un cigare, que vous avez pu voir aux différentes expositions; il y avait entre eux et l'appareil qui nous emporte quelque analogie.

—C'est bien possible, murmura Ossipoff.

—Je reprends mon explication, dit l'ingénieur: ce cylindre que vous voyez là et qui m'a paru être fait d'une sorte d'étoffe métallique, ne mesure pas moins de cent soixante mètres de long sur douze mètres de diamètre; il est traversé, de part en part, dans le sens de la longueur, par un tube dans lequel se trouve un axe autour duquel l'appareil, actionné par un moteur électrique placé dans la nacelle, tourne à raison de quatre à cinq tours par seconde: ce que vous voyez là, à la surface extérieure de l'appareil, est une hélice de vingt-cinq mètres de diamètre, faisant trois tours complets, ce qui lui donne un pas de cinquante mètres. Il s'ensuit que l'appareil avance de deux cents mètres à la seconde, soit, en moyenne, de sept cents kilomètres à l'heure.

Mickhaïl Ossipoff était littéralement abasourdi et comme hypnotisé par le dessin de Fricoulet.

Séléna, que son ignorance mettait à l'abri des trop grands étonnements et qui, du reste, était blasée sur l'extraordinaire, demanda à l'ingénieur:

—Alors, nous avons quitté Phobos?

—Oui, mademoiselle, depuis trois heures environ; en sorte que, dans cinq heures, nous arriverons à Mars.