—Oui, et en dépit du dégoût et de la terreur qu'ils paraissent vous inspirer, mademoiselle, ces monstres me paraissent arrivés à un degré de perfection bien supérieur à celui de notre monde. Vous ne tarderez pas, d'ailleurs, à en avoir la preuve. Maintenant, il est probable que les types aperçus par vous, à travers le grillage, sont le résumé de toutes les laideurs morales et physiques de ce globe.
—Mais comment peuvent-ils vivre dans un air aussi raréfié, poursuivit la jeune fille? sans votre arrivée miraculeuse, c'en était fait de nous.
—Votre raisonnement pourrait être faux, mademoiselle; en ce sens que les poumons de ces gens-là n'ont sans doute pas les mêmes exigences que les nôtres; d'un autre côté, il se peut parfaitement qu'on les relègue à Phobos, précisément à cause de la raréfaction de l'air, afin de leur enlever, insensiblement et sans souffrances, toute force musculaire. C'est un supplice comme un autre que cette asphyxie qui rend les forçats apathiques et sans énergie.
—Mon cher monsieur Fricoulet, dit en ce moment Ossipoff, serait-il possible de visiter ce véhicule?
—Assurément! mais, pour cela, munissez-vous de vos respirols.
—Eh! quoi! fit Séléna, il faut nous emprisonner de nouveau dans ce casque?
—Sans doute; mais, cette fois, il n'y a plus aucune crainte à avoir, car nous avons ici notre provision d'oxygène solidifié; et puis, en quelques minutes, la curiosité de votre père sera satisfaite...
Ils allaient visser leur appareil; l'ingénieur ajouta:
—Une dernière recommandation: soyez le plus sobre possible de mouvements, car le moindre geste un peu exagéré vous jetterait par dessus bord et, cette fois, vous seriez irrémissiblement perdus.
Sur ces mots, il gravit une petite échelle, suivi d'Ossipoff et de Séléna et, quelques instants après, tous les trois se trouvaient debout sur une sorte de pont servant de toiture au logement dont ils sortaient et autour duquel courait un bordage en métal.