—Il n'y a pas de «allons donc» et ces lignes que je trouve citées dans les Continents célestes, de mon illustre homonyme, n'ont certes pas été écrites par Hall... elles sont dues à la plume de Voltaire, qui les écrivait dans son roman de Micromégas, en l'an 1750.

«En sortant de Jupiter, nos voyageurs traversèrent un espace d'environ cent millions de lieues et côtoyèrent la planète Mars. Ils virent deux lunes qui servent à cette planète et qui ont échappé aux regards de nos astronomes. Je sais bien que le P. Castel écrira contre l'existence de ces deux lunes; mais je m'en rapporte à ceux qui raisonnent par analogie. Ces bons philosophes savent combien il serait difficile que Mars, qui est si loin du Soleil, se passât à moins de deux lunes...»

Gontran ferma bruyamment le volume et demanda ironiquement:

—Que pensez-vous de cela, sir Jonathan.

—Je pense que votre Voltaire, n'étant pas astronome, a dit cela par pur hasard et qu'une chance inespérée lui a fait prédire la vérité.

—Il faut avouer, en tout cas, riposta Gontran, que c'était là une vérité dans l'air—sans jeu de mot—car Swift, le célèbre auteur des Voyages de Gulliver, non seulement parle de deux «étoiles inférieures ou satellites qui tournent autour de Mars», mais donne encore sur ces satellites des renseignements précis; c'est ainsi que, d'après lui, le satellite le plus proche de la planète «tourne autour d'elle en dix heures, tandis que le plus éloigné tourne en vingt et une heures.»

—Je vous répondrai la même chose que pour Voltaire, Swift a dit cela au hasard.

—Non pas, déclara M. de Flammermont, ils ont procédé tous les deux par analogie.

—Qu'entendez-vous par là? bougonna Farenheit.

—J'entends que du moment que la Terre a un satellite, Jupiter quatre et Saturne huit, il était présumable que Mars, situé entre la Terre et Jupiter, en eût deux... cela était mathématique.