—Miracle! miracle! s'écria Ossipoff, vous avez retrouvé votre voix!

—En retrouvant Fricoulet, j'ai retrouvé tout ce que j'avais perdu! répliqua le jeune comte avec un sourire à l'adresse de Séléna.

Puis, après une nouvelle accolade:

—Mais par quel miracle nous as-tu rejoints?

L'ingénieur haussa doucement les épaules et répondit en prenant un petit ton fat qui fit froncer légèrement les sourcils d'Ossipoff:

—Pas besoin de miracles, mon cher ami; un peu d'intelligence et d'habileté ont suffi... À peine le ballon métallique eût-il repris le chemin des airs que je m'aperçus vite de l'impossibilité matérielle où je me trouvais de redescendre près de vous... alors je m'abandonnai à la Providence et me laissai emporter pendant plusieurs heures. Après avoir franchi plusieurs centaines de kilomètres, le ballon fit une évolution à laquelle je reconnus que je venais de pénétrer dans la zone d'attraction de Mars... À partir de ce moment, j'avais quelque chance d'être sauvé.

—Comment, d'être sauvé!... interrompit Farenheit.

—Assurément, car à défaut de Phobos, je pouvais atterrir sur Mars et je manœuvrai aussitôt dans ce sens: je tirai violemment le câble qui commandait la soupape et celle-ci, ouverte toute grande, laissa s'échapper les trois quarts du gaz. Alors commença une chute effrayante, vertigineuse, formidable; en moins d'une demi-heure, je tombai de cinq mille kilomètres... j'avais dû endosser mon respirol pour n'être point étouffé et, cramponné au bordage, j'étais comme fasciné par ce monde dont la force d'attraction allait croissant à chaque seconde et contre lequel j'allais inévitablement me briser.

—Pauvre monsieur Fricoulet, murmura Séléna; par quelles terribles émotions vous avez dû passer...