—Mon Dieu! mademoiselle, dussé-je vous paraître fanfaron, je vous avouerai en toute sincérité que, pas un moment, la pensée de la mort ne s'est présentée à mon esprit; j'étais très calme, au contraire, et tout en tombant, je calculais la vitesse avec laquelle allait s'établir le contact entre ma pauvre personne et la surface de Mars; je cherchais aussi à pronostiquer ce qui allait résulter de cette rencontre.

—Ah! je te reconnais bien là, s'écria Gontran, tout fier lui-même du courage de son ami.

—Bref, poursuivit l'ingénieur, j'étais à peine à six cents mètres du sol lorsque soudain je m'arrêtai dans cette chute verticale et me trouvai entraîné dans le sens horizontal par une force inconnue et avec une vitesse inouïe; je fis ainsi une quarantaine de kilomètres et, bientôt, apparut au-dessous de moi une nappe d'eau de vaste étendue et miroitant au soleil; c'était l'océan Kepler; si le hasard voulait que ma chute s'opérât dans cet élément liquide, j'avais quelque chance de m'en sortir...

Je me trouvai entraîné dans le sens horizontal.

—De l'élément? demanda Gontran.

—Non, de la situation en laquelle je me trouvais... malheureusement, je continuais à filer, toujours dans le sens horizontal et, après avoir franchi cet océan, je recommençai à planer au-dessus du sol ferme... cependant, peu à peu, ma vitesse se ralentit et j'arrivai à une sorte d'appareil métallique où je m'arrêtai.

—Qu'est-ce que c'était que cela? demanda Ossipoff, vivement intéressé.

—J'ai compris, par quelques explications sommaires qui m'ont été fournies ensuite, que les Martiens ont établi à la surface de leur monde un moyen de locomotion de grande rapidité basé sur la formation de courants d'air violents, poussant, de relais en relais, des véhicules; j'avais été pris dans un de ces courants d'air et, mon ballon formant véhicule, j'avais ainsi miraculeusement échappé à la mort qui m'attendait... Comme bien vous pensez, mon premier soin fut d'essayer de vous rejoindre... Ah! ce ne fut pas facile, je vous le jure; enfin, après bien des efforts, je réussis à faire comprendre à ces gens en quelle situation vous vous trouviez; j'obtins alors qu'ils frétassent ce ballon pour me permettre de vous aller chercher... et voilà...

Puis, se laissant tomber sur un siège, tout essoufflé de sa narration, l'ingénieur ajouta: