—Eh! s'exclama-t-il, depuis longtemps aussi on connaît la géographie de la Lune, la sélénographie, comme vous dites dans cet impossible langage de savant! Sur les cartes qui en ont été dressées, il s'y trouve des mers; mais il paraît qu'en astronomie les mots changent de sens, puisque les espaces désignés sur la carte lunaire sous le nom de mers, ne sont que d'immenses plaines arides et desséchées, sans la moindre trace d'eau.
—Mais puisque je vous dis que j'ai vu, de mes yeux vu, l'océan Kepler, s'écria Fricoulet.
Mickhaïl Ossipoff riposta d'un ton rogue:
—Vous êtes comme saint Thomas, vous ne croyez qu'aux choses que vous voyez, mais si jamais, dans votre existence terrienne, il vous était arrivé de regarder dans un télescope, vous eussiez été persuadé de l'existence des mers martiennes sans avoir, pour cela, besoin de faire le voyage.
—Un petit voyage qui peut compter, ricana M. de Flammermont, 19 millions de lieues.
—Quatorze seulement, s'il vous plaît, observa le vieux savant, pour étudier un astre, on ne choisit pas le moment où il est le plus éloigné de vous.
—Mettons quatorze millions,... dit Farenheit en se croisant les bras, et vous me ferez croire qu'à une semblable distance il est permis de constater la présence de l'eau sur une planète?
—Vous admettez bien, vous, qu'un de vos compatriotes ait découvert Deimos et Phobos, deux mondicules de quelques kilomètres de largeur, et vous mettez en doute que l'on ait pu étudier Mars dont le diamètre a près de 1700 lieues, soit une circonférence de 5375 lieues, si vous vous donniez la peine de réfléchir un peu, vous vous éviteriez bien des paroles inutiles.