L'Américain demeura quelques instants silencieux, puis, soudain, faisant claquer ses doigts:
—Au surplus, bougonna-t-il, peu m'importe que les mers soient salées et profondes, ou qu'elles ne le soient pas! Le principal, pour moi, c'est que l'on puisse respirer à son aise, librement, sans être obligé de s'enfermer encore dans cette cage de sélénium.
Et il lançait un mauvais regard du côté des respirols empilés dans un coin.
—À ce point de vue là, répondit Fricoulet en riant, vous pouvez être tranquille, mon cher sir Jonathan; la planète Mars est pourvue d'une atmosphère de composition identique à la nôtre: les études spectrales ne laissent aucun doute à ce sujet... si même vous aimez la pluie et les nuages, vous aurez de quoi vous contenter, car l'atmosphère martienne est riche en vapeur d'eau.
—Mais, objecta Gontran, en vertu du peu d'intensité de la pesanteur à la surface de Mars, la densité de son atmosphère doit être à peu près nulle et il s'ensuit probablement une raréfaction semblable à celle qui existe sur le sommet des hautes montagnes terrestres.
Le visage déjà radieux de l'Américain s'assombrit de nouveau.
—Alors, grommela-t-il, encore les respirols!
Fricoulet fit entendre un petit clappement de langue impatienté:
—S'il en était ainsi que tu le dis, répliqua-t-il à M. de Flammermont, les mers martiennes seraient à sec, tout leur contenu s'étant depuis longtemps volatilisé dans l'espace au lieu de se transformer, après leur évaporation, en vapeurs, en nuages, en brouillards, pour retomber ensuite, sous forme de pluie, à la surface de la planète; d'un autre côté, les neiges qui entourent les pôles, au lieu de former une simple calotte dans les régions polaires, enseveliraient la planète tout entière dans un linceul, transformant Mars en un bloc de glace.
Gontran parut fort ennuyé de cette explication fournie devant Ossipoff; quant à Farenheit, son visage se dérida de nouveau.