—Il y a, répondit le jeune comte, que je m'écarquille en vain les yeux pour découvrir cette lueur sanglante qui a fait de Mars la planète guerrière, et que je ne vois absolument rien.
—Ce qui n'a rien d'étonnant, attendu que cette teinte rougeâtre, ou, pour être plus dans la vérité, jaune orangée, est plus appréciable à l'œil nu que dans une lunette... on a remarqué dans les observatoires que cette teinte diminuait d'intensité à mesure qu'on augmentait le grossissement des instruments, voilà pourquoi tu ne la distingues même pas.
—Cependant, une atmosphère rougeâtre devrait donner à tout ce qui l'entoure un aspect de même teinte.
—Hérésie, mon cher,... hérésie,... car, si cette coloration était due à l'atmosphère, elle serait plus intense sur les bords qu'au centre, en raison de l'épaisseur atmosphérique traversée par les rayons lumineux.
—Faut-il donc l'attribuer au sol lui-même?
—Si le père Ossipoff t'entendait, il en ferait un bond, s'écria l'ingénieur; car cette hypothèse est en contradiction flagrante avec ce que nous savons du monde de Mars... Comment, en effet, admettre que l'action séculaire des quatre éléments qui engendrent la vie: l'eau, l'air, la terre, le feu, soit demeurée nulle, et qu'aucune végétation n'ait revêtu la surface de Mars.
—Ce serait donc cette végétation!... Mais, au fait, tu dois en savoir quelque chose, puisque tu en arrives.
—À ce sujet, je ne puis te donner aucun renseignement... D'abord, j'ai abordé, de nuit, sur Mars... ensuite, eût-il fait grand jour, que j'étais trop ému, trop angoissé, pour faire aucune remarque.