Sans relever cette manifestation de mauvaise humeur, les Terriens se mirent en marche, sous la conduite d'Aotahâ qui voletait doucement à côté d'eux.

Tout à coup, ils aperçurent un véritable fourmillement d'êtres vivants arrachant du sol des masses formidables de terre qu'ils chargeaient dans des ballons semblables à celui qui avait été chercher les Terriens sur Phobos.

D'énormes machines fonctionnaient silencieusement, mises en action par des sortes de piles thermo-électriques, transformant en énergie électrique les rayons solaires.

Aussi loin que la vue pouvait s'étendre, on apercevait le même fourmillement occupé à creuser, dans le continent martien, une tranchée de plusieurs kilomètres de large.

—Singulière idée que de découper ainsi leur planète, grommela Farenheit.

Cependant Fricoulet écoutait avec une stupéfaction grandissant à chaque seconde, les explications que lui donnait Aotahâ, dans son laconique langage.

—Il paraît que c'est en vue d'une guerre prochaine qu'ils accomplissent ces gigantesques travaux, dit l'ingénieur en répondant à l'exclamation de l'Américain.

—Une guerre? s'écria Ossipoff... Une guerre! avez-vous dit!—Quoi! ce fléau que je considérais comme la conséquence fatale de l'état de barbarie dans lequel nous sommes encore plongés, ce fléau terrible, hideux, abominable, existe dans ces contrées que je croyais arrivées au summum du progrès et de la civilisation!

Et, en proie à un découragement étrange, le vieillard laissa tomber sa tête entre ses mains.