On traversait alors une plaine immense, non pas verdoyante, mais couleur de rouille; de ci, de là, se dressaient des bouquets d'arbrisseaux aux feuilles orangées, supportant des grappes de fruits roses ou d'un rouge écarlate. Les plantes, qui couvraient le sol d'un moelleux tapis, étaient toutes rougeâtres, et leurs larges feuilles s'étalaient en panaches d'une grâce merveilleuse.

—Hein! murmura Fricoulet à l'oreille de Gontran en lui désignant cette singulière végétation... comprends-tu maintenant pourquoi l'atmosphère de Mars semble rouge aux astronomes terrestres?

Puis, se tournant vers l'Américain qui ne cessait de geindre:

—Eh! qu'avez-vous donc, mon cher sir Jonathan? fit-il.

—J'ai... j'ai... que je demande une route, mes pieds n'en peuvent plus.

Fricoulet se mit à rire.

—Une route, dit-il; nous pourrions, je crois, parcourir Mars dans tous les sens sans en trouver une seule, attendu que, pour des gens voyageant par eau et par air, le sol n'est d'aucune utilité, au point de vue de la locomotion.

—Ma foi, déclara l'Américain en s'arrêtant au bord d'un large fossé qu'il s'agissait de franchir d'un bond, dussé-je coucher à la belle étoile, je m'arrête ici.

Ossipoff regarda Séléna qui, bien que ne se plaignant pas, donnait tous les signes d'une grande fatigue.

—Demandez donc au guide, dit-il à Fricoulet, s'il y aurait inconvénient à ce que nous passions la nuit ici... nous nous remettrions en marche demain matin.