—Quoi! fit Gontran, la politique et la science logent sous le même toit?
—Par la simple raison qu'elles ne sont qu'une seule et même personne... ou plutôt que la première est absorbée par la seconde... dans un monde aussi avancé en civilisation que celui-ci, la race spéciale appelée sur terre, homme politique, a disparu depuis de longs siècles... elle a dû certainement exister, mais à une époque pour ainsi dire préhistorique, correspondant peut-être à la nôtre actuelle.
—Ah! les heureuses nations! soupira comiquement M. de Flammermont.
—Heureuses parce qu'elles sont pratiques; et puis, c'est toujours la conséquence de leur Time is money. Le temps, à leurs yeux, a une trop grande valeur pour qu'ils le gaspillent à la politique,... en outre, chez nous, la politique cache toujours un intérêt personnel, et ces gens-là ont l'esprit trop vaste, le cœur trop grand pour que de semblables petitesses y puissent trouver place.
—Ah! s'écria Gontran, n'était mon amour pour Séléna qui me fait souhaiter ardemment de revoir la Terre, puisque là seulement j'y dois trouver l'écharpe municipale, indispensable à mon bonheur, je planterais ma tente ici,... car un pays où l'on ne parle pas politique et surtout où la politique n'existe pas, un pays comme celui-là est le Paradis!
Pendant cette conversation, l'appareil quittant les hauteurs auxquelles il planait, était descendu insensiblement jusqu'à une centaine de mètres au-dessus de la ville.
Aotahâ prononça quelques monosyllabes que Fricoulet comprit sans doute, car il se leva et prit la place du Martien qui venait de déployer ses ailes et de quitter l'appareil.
—Où donc va-t-il? demandèrent les Terriens.
—Il va prévenir les autorités de notre arrivée, répondit l'ingénieur,... dans quelques instants, il va être de retour.