—Du moment que vous raisonnez ainsi, toute discussion est inutile entre nous, grommela-t-il.

Séléna, pour faire diversion, demanda:

—Si ces mondes sont aussi petits, il n'y a guère de chance pour qu'ils soient habités?

Gontran, à la mémoire duquel revinrent tout à coup les théories philosophiques de son illustre homonyme, répliqua avec une autorité qui impressionna Ossipoff.

—Et pourquoi cela, ma chère Séléna? sur quoi vous basez-vous pour proclamer ces mondes inhabités? sur leur exiguïté, mais je ne vois point en quoi cela peut les empêcher de prendre part au concert de vie universelle... n'avons-nous pas sur la Terre même des preuves de ce que j'avance... La Grèce, ce pays au territoire infime, n'a-t-il pas été, pendant de longs siècles, le flambeau de l'Antiquité?

—Seulement, objecta Fricoulet malicieusement, sur le sol grec, les conditions de pesanteur étaient tout autres qu'à la surface de ces globules auxquels tu parais t'intéresser énormément, je ne sais pas trop pourquoi.

—Rien ne prouve que l'humanité ne soit pas colossale; tout, au contraire, porte à le penser,... la taille des habitants étant en raison inverse de l'intensité de la pesanteur.

Et, satisfait de cette formule qui venait de germer dans sa tête, Gontran se pencha vers Séléna avec un gracieux sourire aux lèvres.

—Savez-vous à quoi vous arrivez avec un raisonnement semblable, dit alors Ossipoff: à avoir des habitants plus grands que les mondes sur lesquels ils sont appelés à vivre!