Maintenant, les Terriens, muets de stupeur et la poitrine comprimée par une singulière angoisse, distinguaient aussi parfaitement qu'ils eussent pu le faire à l'aide d'un puissant télescope, la topographie bizarre de ce monde inconnu: c'était un enchevêtrement inextricable de terre et d'océans, de terres qui semblaient des brasiers ardents et d'océans où semblaient s'agiter des vagues de feu liquide; c'étaient aussi des trous sombres, ainsi que des cratères de volcans et des pics étincelants comme des sommets de montagnes neigeuses: des nuages verdâtres allongés en bandes parallèles à l'équateur, formaient comme un écran à ce paysage.
Gontran sentit qu'on lui poussait le coude et une voix, celle d'Ossipoff, murmura à son oreille:
—Je ne m'y reconnais plus du tout, mon cher ami,—et vous? aucune carte céleste ne mentionne une planète semblable—à votre avis?...
Sa phrase s'acheva dans une exclamation de surprise et de frayeur tout à la fois.
Au moment où il semblait aux Terriens que cette sphère colossale, s'avançant toujours sur eux, allait les écraser de sa masse, elle éclata, comme éclatent dans l'espace ces belles fusées multicolores par lesquelles se terminent ordinairement les feux d'artifice.
Seulement, au lieu de se dissoudre, comme font les parties infinitésimales des fusées, et de devenir invisibles, les fragments de ce monde repoussés par une force intérieure à la sphère, s'enfuirent de tous côtés dans l'espace assombri.
Bientôt, il ne resta plus qu'un ardent petit soleil qui continua lentement sa marche dans l'infini.
Puis les astres parurent rentrer dans la nuit; tout disparut et l'ombre s'épaissit de nouveau autour des Terriens.
—By God! grommela Farenheit, voilà un truc fort intéressant et qui aurait un succès fou à New-York.