—Peste! fit-il, comme tu y vas!... Songe donc que, pendant que nous sommes ici, immobilisés dans la nuit, le gredin voyage, neuf jours encore nous séparent du lever du soleil, et au moment ou nous verrons clair et où seulement nous pourrons nous occuper utilement de notre départ, il n'aura plus, lui, que trois millions de lieues à franchir!
Comme la mine de M. de Flammermont s'assombrissait, Mickhaïl Ossipoff lui dit:
—Au surplus, peu importe que nous arrivions avant ou après lui, le principal est que nous l'y retrouvions, ce qui ne peut manquer d'arriver si, comme l'affirme Telingâ, toutes les pièces de l'appareil sont intactes.
—Pour ma part, déclara le Sélénite, je m'engage à avoir tout préparé pour la deux centième heure du jour.
À peine les premiers rayons du soleil, dorant les cimes crénelées des cratères, eurent-ils ramené, à la surface de l'hémisphère invisible, la lumière et la chaleur, que les Sélénites, sous la direction de Telingâ, se mirent à l'œuvre.
Pendant que les uns s'occupaient à dresser, sur le sommet d'un pic qui dominait Maoulideck, d'immenses miroirs appelés à concentrer tous les rayons solaires au foyer du réflecteur parabolique, d'autres ajoutaient, les unes aux autres, les cinq cents plaques de sélénium qui formaient le réflecteur.
Ossipoff et ses compagnons ne demeuraient pas non plus inactifs, après avoir longuement examiné le véhicule étrange dans lequel ils étaient appelés à continuer leur voyage, ils étaient tombés d'accord pour lui faire subir une transformation importante et de laquelle dépendait, pour ainsi dire, la réussite de leur hardie tentative.
Ce véhicule affectait la forme d'une sphère creuse toute en sélénium, et ne mesurant pas moins de dix mètres de diamètre, à sa partie inférieure était pratiquée une ouverture d'un mètre, coupée transversalement par quatre tiges supportant, à leur entrecroisement, un axe de sélénium. L'extrémité de cet axe servait de support à un plancher roulant, grâce à des galets de bronze, sur une voie ferrée, tout comme un dôme d'observatoire, de manière à ce que la chambre, dans laquelle les voyageurs devaient prendre place, pût demeurer immobile en dépit du mouvement de rotation de la sphère.