Puis, sans laisser à Ossipoff, qui le considérait avec des yeux hagards d'étonnement, le temps de relever cette énormité, il poursuivit gravement:

—Au surplus, une semblable audace ne m'est point venue à l'esprit; mais il me semble qu'en cherchant bien, on pourrait trouver un moyen d'alléger notre véhicule.

Il parlait lentement, scandant ses mots, hachant ses phrases, surveillant du coin de l'œil Fricoulet qui, tout en paraissant réfléchir profondément, se livrait à une mimique expressive.

Ossipoff répondit:

—Comme Telingâ m'a affirmé que nous ne pourrions être prêts à partir avant quatre fois vingt-quatre heures, réfléchissez à ce que vous venez de me dire, et si vous trouvez le moyen dont vous me parlez, je serai le premier à l'adopter... vous ne doutez pas que je me résigne avec peine à me séparer de M. Fricoulet.

Et, avec une grimace en opposition avec les paroles qu'il venait de prononcer, il serra les mains de l'ingénieur.

—Mais, ajouta-t-il, au cas où, en dépit de tous vos efforts, l'appareil devrait rester tel qu'il est actuellement et où il faudrait nous alléger...

—Alors, poursuivit Fricoulet en souriant, vous me jetterez pardessus bord, ni plus ni moins qu'un sac de lest.

Ossipoff inclina la tête affirmativement et, tournant les talons, s'en fut rejoindre Telingâ en compagnie duquel il devait se rendre au wagon de Fédor Sharp, afin de s'y livrer à une minutieuse perquisition, en ce qui concernait tous les objets dont il pouvait avoir besoin, tels que: couvertures, vêtements de rechange, appareils scientifiques, armes, etc.

À peine eut-il laissé seuls les deux jeunes gens, que M. de Flammermont s'écria: