Le premier moment de stupéfaction passé, Ossipoff déclara qu'il importait de transporter au plus tôt le malheureux dans la chambrette, afin de lui donner les soins que réclamait son état.
—Je ne l'ai pas tué, au moins? demandait Gontran. Je crains de l'avoir serré un peu fort.
Sans répondre, Fricoulet jeta l'Américain sur son dos et aussi légèrement qu'une plume, le monta jusqu'à l'habitacle.
—Le pauvre diable meurt de faim, dit-il après l'avoir examiné, tâchons d'abord de lui faire absorber un peu de notre pâte nutritive.
À grand peine on arriva à desserrer les dents de l'Américain et à lui introduire dans la bouche un peu d'aliments, puis on attendit anxieusement l'effet que cela allait produire.
—Comment expliques-tu cette résurrection? demanda M. de Flammermont qui, même encore à ce moment, n'en pouvait croire ses yeux.
—D'une manière fort simple: il faut établir d'abord que la cartouche de ce gredin de Sharp, au lieu de tuer sir Jonathan, n'avait fait que le blesser, lorsque fuyant devant la nuit, nous l'avons abandonné, croyant ne laisser derrière nous qu'un cadavre, le froid l'a saisi, or, tu sais que le froid conserve et que certains animaux, les anguilles, par exemple, ont la faculté de vivre, même après avoir été gelées; c'est probablement un phénomène identique qui s'est produit pour Farenheit.
—Alors, fit en souriant Gontran, c'est le soleil qui l'aurait dégelé?
—Comme tu le dis fort bien.