—Cependant... grommela l'Américain... bolide... bolide...
—...Est le nom que l'on donne, en astronomie, à certains corps errants dans l'espace... or, vous conviendrez qu'en l'espèce, vous avez joué un peu ce rôle.
Le visage du Yankee se rasséréna; il fit un pas encore et, tendant au vieillard sa main largement ouverte:
—Touchez-là, monsieur Ossipoff, dit-il avec dignité, pour me prouver que vous ne m'en voulez pas de vous être tombé à califourchon sur les épaules.
—Comme à saute-mouton, murmura Gontran.
—J'accepte bien volontiers vos excuses, répondit le vieux savant en touchant la main de Farenheit... seulement, je vous serai très reconnaissant de m'expliquer dans quel but vous vous êtes livré à cette bruyante manifestation.
—Je ne saurais vous le dire, et vous me voyez moi-même tout surpris de ce qui est arrivé.
Fricoulet, qui avait fini par se rendre maître de son hilarité, expliqua alors que l'Américain avait fait un brusque mouvement, sans réfléchir que plus on s'éloignait de la lune, et plus on échappait aux lois de la pesanteur, déjà si faibles à la surface même du satellite.
En entendant ces mots, l'Américain faillit témoigner sa stupéfaction par un bond non moins formidable que le premier; mais, instruit par l'expérience et se défiant de sa nature nerveuse, il se cramponna, des deux mains, aux coussins du divan et s'écria:
—By God!... ai-je bien entendu?... ne venez-vous pas de dire «plus on s'éloigne de la lune»?