—Pourquoi?... pourquoi?... fit l'ingénieur impatienté; te l'expliquer nous entraînerait trop loin... Qu'il te suffise de savoir que la vitesse orbitale de la Terre est de 29 kilomètres et demi par seconde, que la racine carrée de 2 est 1,414 et que ces deux nombres, multipliés l'un par l'autre, donnent un total de 42,570 mètres par secondes... As-tu compris, maintenant?
Le jeune comte agita ses bras en l'air désespérément.
—Ah! dit-il, pourquoi ce maudit courant ne tourne-t-il pas aussi bien en sens contraire?
—Il nous aurait fallu quinze jours à peine pour gagner la Terre.
—Tu avais dit un mois?
—Oui, en nous abandonnant au courant, comme un train de bois; mais en ajoutant notre propre vitesse à celle du fleuve aérien dans lequel nous nous trouvons... la durée du voyage se trouvait diminuée de moitié.
Puis, montrant à son ami les calculs au milieu desquels il venait d'être interrompu, il lui dit:
—Je viens de relever notre route depuis que nous avons quitté Mars; nous n'avons pas franchi plus de douze cents lieues... cent lieues à l'heure! quelle dérision!... Sais-tu combien de temps, de ce train-là, nous mettrions à gagner la Terre?... trois cent mille heures,... et sais-tu combien cela fait, trois cent mille heures?... Non, n'est-ce pas? eh bien! cela fait un peu plus de mille ans.
Un poids de mille kilos se serait soudainement abattu sur la tête du malheureux Gontran, qu'il n'eut certainement pas paru plus déprimé.
—Mille ans!... répéta-t-il, mille ans!... jamais je ne vivrai assez pour épouser Séléna.