[CHAPITRE V]
À TRAVERS LA ZONE 28
epuis la scène racontée dans le précédent chapitre, l'existence à bord avait subi une transformation complète: chacun vivait de son côté, n'adressant la parole à ses compagnons que dans les cas d'extrême nécessité et s'empressant, dès que cela se pouvait, de retomber dans son mutisme et de retourner à sa solitude.
L'échec de la tentative suprême faite par Fricoulet pour rejoindre la Terre, avait porté un coup terrible aux voyageurs qui, sans même se rendre un compte exact du pourquoi, se rejetaient réciproquement la responsabilité de cet échec, imputable à la seule fatalité.
Cependant, sans qu'ils eussent eu occasion de se communiquer leurs sentiments, il y avait, entre eux, communauté d'idée en ce qui concernait Ossipoff.
Le vieux savant était pour eux:
Le pelé, le galeux, d'où venait tout le mal.
Aussi vivait-il plus à l'écart encore que ses autres compagnons, dans une sorte de quarantaine rigoureusement observée, sauf par Séléna qui venait, de temps à autre, passer quelques minutes avec lui.
Mais, entre le père et la fille, aucune conversation, même pas l'échange du bonjour banal, seulement un baiser indifférent déposé par le vieillard sur le front de sa fille.