—Il fallait s'y attendre, murmura Gontran; mais que résulte-t-il de cela?
—Si, avant deux heures, nous n'avons pas remis le propulseur en marche, la force attractive de la planète l'emportera sur la violence du courant d'astéroïdes qui nous soutient, nous arrachera au fleuve qui nous emporte, et, une fois que nous serons dans le vide, nous tomberons sur Jupiter, à la surface duquel un calcul très simple démontre que nous arriverons en vingt-deux heures trente-deux minutes.
—Eh bien! dit Séléna, qu'y a-t-il là de si terrible, mon cher papa? Après la Lune, Vénus, Mercure et Mars, n'est-il pas tout naturel que nous visitions Jupiter.
—Mademoiselle a raison, dit à son tour l'ingénieur; tant qu'à faire le voyage, autant le faire complet,... négliger d'étudier Jupiter, dans les circonstances où nous nous trouvons, c'est comme si, parcourant l'Italie, nous négligions de visiter Rome.
M. Ossipoff eut un petit clappement de langue impatienté.
—Mon cher monsieur Fricoulet, répondit-il, en mécanique vous pouvez avoir une certaine compétence, mais, pour Dieu, je vous en conjure, abstenez-vous de parler des choses que vous ne connaissez pas. Or, les questions astronomiques vous sont à peu près étrangères... et, chose singulière, vous avez la manie d'en parler.
Tout étonné de cette apostrophe, l'ingénieur fixait sur le vieillard des yeux tout ronds.
—Y aurait-il indiscrétion à vous demander, cher monsieur, fit-il, à propos de quoi vous me tenez ce langage?