Ossipoff croisa les bras:

—Vous parlez, comme d'une chose toute simple, d'une visite à Jupiter,... savez-vous seulement si Jupiter est habitable et si nous pourrons vivre à sa surface?

—Oh! ce n'est pas moi qui puis avoir là-dessus une opinion quelconque, répliqua l'ingénieur avec une feinte modestie; quoique vous en disiez, je ne me pose pas en savant et je me fie à vous pour savoir ce qu'il y a à faire.

Ce disant, il se courba vers le moteur dont il examina avec soin les parties détériorées.

Gontran, s'adressant à Ossipoff, s'écria:

—Mais pourquoi Jupiter ne serait-il pas habitable?... la base de toute atmosphère n'est-elle pas la vapeur d'eau?... or, n'a-t-on pas constaté, à la surface de la planète, des nuages,... et des nuages de cent soixante kilomètres d'épaisseur,... ce qui semblerait indiquer une atmosphère sérieuse?

—Trop sérieuse même, répliqua le vieillard; car, si vous admettez, comme il est logique de l'admettre, que cette atmosphère soit composée des mêmes éléments que l'atmosphère terrestre,—à la densité qu'elle a à dix kilomètres au-dessus du niveau de la mer,—un calcul des plus simples vous prouvera que la densité de l'air, à la surface de Jupiter, surpasserait de dix mille millions de millions de fois la densité du platine.

—Ce qui est absurde, déclara Fricoulet.

—Il faut donc supposer à cette atmosphère une composition toute autre, dit à son tour Gontran.

—À moins d'admettre, poursuivit l'ingénieur, une température très élevée, permettant de conserver, à l'état gazeux, une semblable atmosphère.