—Regarde, dit simplement Fricoulet.

L'espace s'était assombri; Europe et Ganymède, en quadrature, ne jetaient qu'une faible lueur et sous le véhicule le disque immense de Jupiter avait envahi tout l'horizon, se creusant comme un entonnoir formidable, prêt à engloutir les voyageurs.

—Je crois, dit Ossipoff qui étudiait la planète avec sa lunette, je crois que c'est le moment.

Le vieillard avait prononcé ces paroles d'une voix grave et solennelle, et il ajouta en se tournant vers le jeune comte.

—N'est-ce point votre avis, monsieur de Flammermont?

Celui-ci regarda Fricoulet lequel lui fit, de la tête, un imperceptible signe affirmatif.

—Je pense exactement comme vous, monsieur Ossipoff, répondit-il.

Comme il achevait ces mots, l'ingénieur poussa la tige du commutateur; aussitôt une violente trépidation ébranla l'appareil, prouvant que le propulseur fonctionnait à toute vitesse.

—Pensez-vous que nous soyons déjà dans l'atmosphère jovienne? demanda Fricoulet.

—Nous y pénétrons en cet instant même, répliqua le vieillard, et si vous m'en croyez, nous prendrons nos précautions.