Séléna regardait fixement l'ingénieur, doutant qu'il parlât sérieusement.

—Voilà ce que c'est que d'être médium, ajouta-t-il.

Il se fit un silence; puis Gontran s'écria:

—En tout cas, si la planète elle-même est inhabitée, ses satellites doivent être peuplés!... des globes aussi gros que Mars et Mercure.

—Leur dimension ne serait pas une raison suffisante, répondit Fricoulet, et tu devrais faire attention à la différence énorme de situation qui existe entre les planètes que tu cites et les quatre satellites joviens,... songe que ces derniers sont dix fois plus éloignés du Soleil que ne l'est Mercure.

—Je te prends en flagrant délit de contradiction! riposta M. de Flammermont; ne m'as-tu pas dit, récemment, qu'il y a une analogie indéniable entre les distances et les volumes relatifs de Jupiter et de ses quatre satellites d'une part, et les quatre premières planètes et le Soleil?... tu m'as bien dit aussi—et je ne l'ai pas rêvé—que Jupiter est le véritable Soleil de ses quatre satellites, lesquels reçoivent de lui un supplément de chaleur non à dédaigner, vu le peu de calorique que leur envoie le Soleil?

—Assurément, répondit l'ingénieur, je t'ai dit cela, et, en le disant, je n'ai fait que t'exposer les théories de la plupart des savants. Il n'est pas douteux que Jupiter est beaucoup plus utile à ses satellites que ceux-ci ne peuvent lui être utiles à lui-même, en raison du peu de lumière qu'ils lui envoient. D'ailleurs, les conjonctions supérieures de ces trois astres s'opérant dans le cône d'ombre que Jupiter projette derrière lui, sont entièrement perdues pour lui; en outre, comme les lunes tournent dans le plan de l'Équateur, les régions polaires qui auraient le plus besoin de lumière, ne les voient jamais, et jusqu'au 80e degré parallèle Nord et Sud, on ne peut voir ni le lever, ni le coucher de ces satellites.

Gontran haussa les épaules.

—Alors, que voit-on? ricana-t-il,... rien!