—Oui, j'en doute,... et il me semble imprudent de spéculer sur des probabilités aussi hasardeuses que celles-là.
Le vieux savant poussa un petit ricanement railleur.
—En vérité!... eh bien! moi, vous m'entendez bien, je vous affirme que l'univers de Saturne est habité et habité par une race probablement beaucoup mieux conformée et beaucoup plus intelligente que la nôtre. C'est dans cette sphère supérieure que doit exister le vrai bonheur.
—Ce n'est pas une raison pour qu'il y existe les éléments,... qui nous sont indispensables. Ce n'est pas au vrai bonheur que nous aspirons,... c'est à de l'électricité et à de l'air respirable.
Ces paroles parurent suffoquer Ossipoff qui, dans un geste de stupéfaction indignée, jeta ses bras au plafond.
Puis il se pencha vers Fricoulet et lui murmura à l'oreille:
—Le pauvre garçon n'a pas sa raison.
—Pourquoi cela? répondit à haute voix l'ingénieur; je trouve, au contraire, qu'il raisonne fort juste; et, quant à moi, je ne cache pas que je serais curieux de savoir si, en effet, ces messieurs les Saturniens répondent au portrait que vous nous en faites, s'ils sont, en réalité, autant supérieurs aux Martiens que les Martiens sont supérieurs à la majeure partie de l'humanité terrestre.
—À en croire M. Ossipoff, ricana irrévérencieusement M. de Flammermont, ce serait, dans l'Univers céleste, comme chez Nicolet: toujours de plus fort en plus fort!