—En ce qui me concerne, je préférerais continuer le voyage sans arrêt.
—Sans arrêt! répéta derrière les deux jeunes gens une voix courroucée.
Ils se retournèrent: Ossipoff était là, immobile, les bras croisés, les couvant d'un regard plein d'indignation.
—Ainsi, dit-il, nous nous serons proposé un but grandiose: parcourir l'immensité céleste! Ce but, nous l'avons atteint en partie, et nous nous arrêterions en si beau chemin!... Ah ça! monsieur de Flammermont, êtes-vous bien certain d'avoir toute votre raison? Comment! vous renonceriez de gaieté de cœur à toutes les merveilles que nous promet la visite de ce monde étrange que l'on appelle Saturne?... Mais songez donc que tout ce que vous avez vu jusqu'à présent n'est rien en comparaison de ce que nous promet l'avenir.
—De gaieté de cœur! repartit Gontran, non, monsieur Ossipoff. Vous vous trompez, si vous croyez que j'abandonne ainsi les rêves merveilleux qui m'avaient hanté... Cependant, il est un autre rêve, bien antérieur à tous ceux-là, dont la réalisation est le but de ma vie...
Ossipoff, devinant que le jeune homme allait lui parler de son mariage, lui coupa la parole.
—D'ailleurs, M. Fricoulet a dû vous démontrer qu'un arrêt sur Saturne était indispensable pour nous permettre de continuer notre voyage.
Gontran, irrité de n'avoir pu achever sa phrase, haussa légèrement les épaules.
—Sérieusement! monsieur Ossipoff, s'écria-t-il, comptez-vous trouver, sur Saturne, tout ce dont vous aurez besoin?
—En douteriez-vous? demanda le vieillard qui tressaillit.