Et alors l'ingénieur mit Gontran au courant de la situation: Pour ce qui concernait les vivres, il restait une provision d'azote liquéfié et de liquides martiens suffisante pour nourrir et abreuver les cinq voyageurs pendant cinq mois encore.

Les matières pour la fabrication de l'air respirable étaient en assez grande quantité pour permettre de n'envisager les probabilités d'asphyxie qu'après une période de temps semblable.

Mais ce dont on pouvait manquer, d'un jour à l'autre, c'était d'électricité.

Les accumulateurs ne cessaient de fonctionner; depuis quelque temps, on leur demandait non seulement la force nécessaire pour actionner le propulseur, mais encore de la lumière et de la chaleur, cette dernière, indispensable pour compenser l'abaissement de la température: à la distance à laquelle ils se trouvaient du Soleil, les rayons qu'ils en recevaient ne leur apportaient plus qu'une lueur douce, assez semblable à un clair de lune affaibli; quand au calorique, il n'existait pour ainsi dire pas.

Si bien que les accumulateurs, surmenés, ne contenaient plus que pour quinze jours de fluide, en admettant que des circonstances imprévues n'obligeassent pas les voyageurs à leur demander un nouvel effort.

—Tu le vois, mon cher, dit Fricoulet après avoir terminé cet exposé, la situation est fort nette: ou nous arrêter pour nous ravitailler, et Dieu sait quand nous serons de retour, ou continuer à aller de l'avant, et alors chaque lieue nous rapproche de la famine et de l'asphyxie.

—Oh! c'est à se casser la tête, grommela Gontran.

Et il ajouta: