—Après? après? bougonna le vieillard,... vous n'avez pas, que je pense, l'intention de nous faire un cours d'astronomie, à M. de Flammermont et à moi?
—À Dieu ne plaise! riposta Fricoulet avec un imperturbable sérieux; seulement, vous autres savants, qui vivez continuellement dans les nuages, vous vous emballez sur la théorie, sans vous préoccuper le moins du monde de la pratique. Voilà pourquoi je me permets, moi, humble mécanicien-constructeur, qui ne connais rien aux étoiles, mais auquel ces questions terre à terre de la pratique sont familières, d'attirer votre attention sur certains détails.
M. Ossipoff donnait des marques non équivoques d'impatience.
—Au fait, dit-il.
—Si donc, poursuivit l'ingénieur, nous avons mis 166 jours ou cinq mois et demi pour venir de Mars à Saturne, il est facile de calculer et de se rendre compte que, pour atteindre Uranus—et en raison de la situation astronomique de cette planète,—il nous faudra 300 jours, c'est-à-dire dix mois entiers; reste Neptune à laquelle nous arriverons en 218 jours ou sept autres mois. Quant à la planète transneptunienne, je n'en parle pas, et pour cause; sa situation étant absolument inconnue.
Gontran paraissait positivement atterré.
—Pour me résumer, continua Fricoulet, et pour récapituler tout ce voyage, nous avons mis vingt mois pour visiter les planètes inférieures et atteindre Mars; voici cinq mois que nous sommes enfermés dans ce véhicule pour atteindre la zone saturnienne; cela fait un peu plus de deux ans que nous avons quitté la Terre... Eh bien! franchement, monsieur Ossipoff, croyez-vous qu'il soit possible de demeurer dix-huit mois encore cloîtrés dans ces cloisons de métal, surtout si vous voulez bien réfléchir à ceci: c'est que, dans dix-huit mois, nous serons à plus d'un milliard de lieues de la Terre et qu'il nous faudra encore nous résigner à une existence semblable pendant 611 jours, soit un an et huit mois, pour regagner notre planète natale.
—Cela fera un total de cinq années et plus! gémit Gontran.
Ossipoff haussa les épaules, et, jetant sur son futur gendre un regard de pitié: