[CHAPITRE X]

OÙ NOS HÉROS BRÛLENT SATURNE

haque jour, la distance qui séparait l'Éclair de la planète saturnienne allait diminuant et les voyageurs, Gontran lui-même, empoignés par la majesté du spectacle qui s'offrait à eux, s'immobilisaient, durant des heures entières, devant les télescopes.

Ossipoff ne pouvait contenir son admiration qui se trahissait par des exclamations brusques lancées d'une voix brève au milieu du silence.

Par prudence et pour tenter d'esquiver les questions dangereuses, M. de Flammermont s'était installé tout à l'autre bout de la pièce, le plus loin possible du vieux savant, à côté de son ami Fricoulet, sur l'aide duquel il comptait pour sortir d'embarras.

Les heures cependant s'écoulaient et Ossipoff, absorbé dans sa contemplation, semblait avoir oublié la présence de ses compagnons lorsque, tout à coup, repoussant son télescope il se leva et jetant ses bras au plafond dans un geste de satisfaction profonde.

—Parbleu! s'écria-t-il, cela, je le savais bien.

Gontran eut un serrement de cœur et baissa la tête; Fricoulet, au contraire, redressa la sienne et demanda: