Puis, brusquement, il se levait et arpentait sa cabine à grandes enjambées, marchant sans discontinuer durant de longues heures en poussant des cris rauques et des gémissements; après quoi, épuisé par la fatigue de cet exercice inaccoutumé, il se jetait sur son hamac où il restait étendu plusieurs jours de suite, sans faire un geste, sans proférer une parole.
La veille du jour où Ossipoff croyait avoir découvert une nouvelle étoile dans la constellation de Cassiopée, Farenheit avait fait, autour de son logement, une promenade acharnée qui l'avait jeté, au bout de quelques heures, harassé sur son hamac, et il somnolait, lorsque tout à coup le nom de Fédor Sharp, prononcé à quelques pas de lui, derrière la porte de sa cellule, l'avait fait tressaillir.
Il sembla que le nom de son ennemi, frappant soudainement ses oreilles, eût galvanisé son intelligence. Il passa la main sur son front d'un air égaré.
—Sharp! balbutia-t-il. Sharp!
Ce nom évoquait, dans son esprit, tout un monde de souvenirs; peu à peu son visage perdit l'expression de bestialité qu'il avait depuis plusieurs semaines, le regard devint moins fixe, moins terne, la bouche, continuellement tordue dans un tiraillement nerveux, reprit son immobilité première.
Il se redressa sur son coude et prêta l'oreille. Pour la première fois, depuis longtemps, il écoutait et il comprenait.
—By God! grommela-t-il, que se passe-t-il donc?... il me semble que je m'éveille d'un long sommeil... Si je n'ai point été fou, je n'ai pas dû en être loin.
Les voix, dans la cabine à côté, s'élevaient un peu, et maintenant le bruit de la conversation parvenait presque distinctement à l'Américain.