[CHAPITRE XIII]
OÙ FÉDOR SHARP A PLUS DE CHANCE QU'IL NE MÉRITE
la surface du bolide, dans l'ombre vague qui enveloppe ce mondicule, un être étrange se meut, lentement, péniblement, rampant sur le sol qu'il inspecte minutieusement.
Courbé en deux, difforme, gonflé comme ces bonshommes de baudruche que lâchent les aéronautes, pour la plus grande joie des badauds de fêtes foraines, cet être paraît avoir des formes humaines: ses jambes, longues, sont couvertes de guenilles; les bras, longs également, sont terminés par des mains aux doigts osseux; l'une tient une lampe bizarre—petite ampoule de verre dans laquelle brille une blanche, étincelante lumière, semblable à une étoile—l'autre se crispe sur un levier d'acier, qui paraît servir à assurer la marche de cet être innommable.
Est-ce un homme?... fait-il partie de cette humanité bizarre dont l'imagination des poètes et la philosophie des penseurs se sont plues à peupler ces mondes étincelants qui parsèment l'azur profond des cieux?
Il va, vient, s'arrête, repart, pour s'arrêter plus loin encore, il se meut sans bruit et ses pieds, qui semblent ne pas toucher le sol, n'éveillent aucun écho dans le froid silence de la nuit.
Par moments, il se courbe, penchant vers le sol, comme pour l'examiner plus attentivement, sa tête énorme, monstrueuse, faite d'un cuir rugueux, et dont la face s'éclaire de deux points scintillants à la lueur de la lampe; il brandit le levier métallique qu'il tient à la main, en frappe vigoureusement le sol qui s'écaille sous le choc, s'effrite en impalpable poussière ou jaillit dans l'espace en blocs énormes, qui semblent aussi légers que des flocons de neige.