L'être secoue la tête, et, se traînant, va plus loin faire une nouvelle halte et recommencer le même manège.
L'astéroïde qui lui sert d'habitation est nu, désert, morne, désolé; pas un souffle de vent ne court à travers son atmosphère raréfiée; pas un animal n'anime du bruit de ses pas ou de son vol cette solitude plus sombre, plus désespérante que celle dont sont enveloppées les plaines lunaires.
Par moments, cependant, l'être traverse des contrées couvertes d'une végétation luxuriante, et au milieu de plaines dont le sol, moins aride, se veloute en une mousse d'un vert sombre, des arbres majestueux, d'une essence inconnue et d'un aspect bizarre, dressent vers le ciel noir leur tête chevelue, d'où tombent des rameaux flexibles.
Mais, chose singulière, incompréhensible, cette apparence de vie est plus attristante, plus terrifiante encore que les contrées désolées de tout à l'heure, car elle semble avoir été frappée de mort par la main d'un malfaisant génie.
Ces arbres, dont les troncs paraissent de marbre, répandent sur le sol une ombre glacée, et leur feuillage immobile a une rigidité métallique.
Un ruisseau a tracé son lit à travers la plaine, mais aucun susurrement ne s'élève de ses rives, on dirait que ses eaux ont été soudain pétrifiées au milieu de leur course.
Peu à peu, cependant, le soleil a émergé de l'horizon, dissipant, sous ses rayons empourprés, les ténèbres de la nuit; en quelques minutes, le jour a fait place à l'aube, et, maintenant, le sol entier de l'astéroïde est baigné d'une clarté douce et lumineuse.
L'être a éteint sa lampe; à présent, on distingue à merveille les moindres détails de son costume et de son individu.
Il paraît de haute taille, mais aucune proportion n'existe entre les différentes parties de son corps: le buste, énorme, comme boursouflé, est monté sur des jambes, longues il est vrai, mais sèches et grêles; aux épaules, monstrueuses, sont attachés des bras qui ressemblent, par leur maigreur, aux pattes d'un gigantesque faucheux; ce qui, dans l'ombre, semblait être sa tête, apparaît maintenant comme un casque de peau dans lequel, à la partie faciale, se trouvent encastrées deux plaques transparentes.
Il va toujours, s'arrêtant à chaque protubérance du sol, creusant avec acharnement et reprenant chaque fois sa course, avec des marques évidentes de découragement.