Sa marche est de plus en plus lente, ses haltes de plus en plus fréquentes et de plus en plus longues, il semble ne se traîner qu'avec peine, et, par moments, ses mains s'appuient sur sa poitrine, dans un geste d'indicible souffrance.
Tout à coup, au sommet d'une sorte de colline boisée, apparaît, étincelant sous les rayons du soleil, élevé dans le ciel maintenant, une chose étrange: c'est un cône métallique, haut de plusieurs mètres et brillant comme de l'argent.
C'est le point lumineux dont s'est servi Mickhaïl Ossipoff pour établir les coordonnées du bolide, et sur la présence duquel Fricoulet s'est basé pour affirmer audit bolide une origine cométaire.
Ce point brillant, ce cône métallique, c'est l'obus qui a transporté, de la Terre à la Lune, Ossipoff et ses compagnons, celui-là même que Fédor Sharp leur a volé et dans lequel il a abordé sur la comète de Tuttle, après ses pérégrinations autour du Soleil.
En l'apercevant, l'être a eu comme un mouvement de joie, il a dressé ses bras dans l'espace et sa marche a paru se précipiter.
Il fait cinq cents pas encore, il est à mi-chemin du faîte de la colline; mais il s'arrête brusquement, chancelle et tombe sur les genoux.
Alors, s'aidant des pieds et des mains, il se traîne encore, s'arrêtant, presque à chaque pas, égratignant le sol de ses doigts qui s'écorchent, s'ensanglantent, mais se rapprochant avec une incroyable énergie du but de sa course.
Soudain, il tombe sur le flanc et demeure étendu, sans mouvements.
Dans cette lutte de la vie contre la mort, cette dernière l'a-t-elle donc emporté?