Pour que le lecteur puisse comprendre comment se trouvaient si exactement justes les déductions d'Alcide Fricoulet concernant le bolide cométaire, contre lequel était venu se briser l'Éclair, il faut qu'il consente à revenir de quelques mois en arrière, c'est-à-dire au moment où Farenheit, coupant à l'improviste le câble qui retenait le ballon métallique à la comète Tuttle, abandonnait sur cette dernière son ennemi Fédor Sharp.
Le secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences avait roulé comme une boule jusqu'en bas de la colline mercurienne, où un tronc d'arbre avait mis fin à sa dégringolade, un peu rudement, peut-être, car il demeura un bon moment, étendu sur le dos, les paupières closes et la bouche grande ouverte.
Heureusement pour lui, ce Slave mélangé de tudesque, était d'une complexion robuste et, après un évanouissement un peu long, il revint à lui, fort contusionné sans doute, mais les membres intacts et la cervelle bien en équilibre.
Tout d'abord, il fut fort étonné de se trouver là, couché dans la poussière charbonneuse de la comète, il regarda tout autour de lui, cherchant ses compagnons pour leur demander l'explication de cette situation étrange.
Puis, soudain, ses idées, un peu brouillées par la chute qu'il venait de faire, se remirent en ordre et le souvenir de ce qui s'était passé lui revint.
Alors, surexcité par la colère, il se redressa d'un bond et, toujours courant, gravit la pente douce de la colline jusqu'au faîte que couronnait l'obus.
Quatre à quatre, il monta les marches du petit escalier qui conduisait à la partie ogivale du véhicule et, une fois-là, braqua sur l'espace la grande lunette qu'Ossipoff y avait installé.
Le cœur battant à coups précipités, la poitrine écrasée sous une anxiété profonde, il fouilla, d'un œil ardent, l'immensité radieuse, espérant y découvrir quelque trace de ses compagnons.
Mais rien, absolument rien que le bleu désespérément uniforme des profondeurs célestes dans lequel le soleil mettait un embrasement magique.