Il n'avait pas atteint le bas de la colline, sur la rive du petit ruisseau qui roulait ses eaux noires et charbonneuses, qu'il s'arrêta stupéfait, terrifié, une sueur froide au front et les cheveux hérissés sur la tête.
La lisière de la forêt mercurienne avait disparu: là, où la veille encore se dressaient des arbres géants, un ravin profond se creusait; Sharp se pencha sur le bord et se rejeta en arrière, frappé de vertige; son regard aigu, pénétrant, n'avait pu sonder la profondeur de l'abîme; il semblait qu'une hache de géant eut entamé le sol cométaire, si complètement, que le fragment sur lequel il se trouvait, fut prêt à se détacher du noyau lui-même.
Bien que cette crevasse mesurât près de quinze mètres, Sharp la traversa d'un bond, d'un simple appel de pied, aussi légèrement qu'un oiseau.
Cette légèreté même lui sembla surprenante et il y trouva l'indice d'une transformation radicale du monde qui le portait.
En effet, lorsqu'il eut marché pendant une heure à peine, constatant à chaque pas les changements produits sur la surface de la planète par le cataclysme de la nuit, il s'arrêta de nouveau et poussa un cri de terreur.
Là-bas, miroitant au soleil, un point brillant lui apparut, et bien qu'il fût trop loin pour le distinguer nettement, il eut cependant le pressentiment que c'était l'obus qu'il voyait.
L'obus qu'il avait quitté depuis une heure et qu'il retrouvait déjà! il avait donc mis, à parcourir le noyau cométaire, une heure, alors que, précédemment, ses compagnons et lui avaient mis plus de deux jours à en faire le tour!
Qu'est-ce que cela signifiait?
Il revint toujours courant au wagon, monta quatre à quatre l'escalier du laboratoire et se jeta sur la lunette qu'il braqua sur Jupiter: le micromètre accusait une diminution sensible du disque jovien.
Donc, la comète s'éloignait: Sharp était de plus en plus perplexe.