De même, pris de la crainte terrible de devenir muet, à force de vivre dans la solitude, il s'astreignait, chaque jour, à une lecture à haute voix.

Triste existence, en somme, que celle de ce malheureux.

Dans son laboratoire, il lui était impossible de se chauffer, l'atmosphère torrifiéene contenait plus que de l'acide carbonique impropre à entretenir la combustion.

Bientôt même, il dut renoncer à ses promenades quotidiennes, qui avaient le grave inconvénient de donner trop de jeu à ses poumons, et, par suite, épuisaient plus rapidement sa provision d'oxygène.

Pendant trois semaines il demeura donc étendu sur son hamac, tapis sous ses fourrures, dans un état comateux assez semblable à celui des Lapons pendant les longues nuits boréales, aspirant au moment où l'astéroïde qui le portait reprendrait le chemin du périhélie.

Enfin, ce moment arriva, et Sharp, oubliant dans sa joie, et l'intensité du froid et la raréfaction de l'air, sauta à bas de son hamac pour suivre, dans l'espace, le changement de direction du fragment cométaire.

En moins de cent heures, le bolide s'inclina, décrivit une courbe accentuée et reprit le chemin du Soleil.

Pour la seconde fois, depuis qu'il avait été abandonné par ses compagnons, Fédor Sharp tira de la soute aux vivres un flacon d'eau-de-vie à l'aide duquel il se livra à de copieuses libations; il but au Soleil, source de vie et de lumière, à la Terre, sa planète natale, que bientôt il reverrait sans doute, à la gloire qui l'attendait et,... ivre-mort, il roula sur le plancher.