Lorsque, après plusieurs jours employés à cuver son ivresse, Sharp revint à lui, son premier soin fut de chercher la comète.
Elle avait disparu.
Alors il se frotta les mains avec énergie: cette disparition était la meilleure preuve qu'il pût avoir de la rapidité avec laquelle roulait, dans l'espace, l'épave qui le portait.
En quelques semaines, cette épave parvint à l'orbite de Saturne; alors Sharp s'apprêta à examiner avec soin et dans tous ses détails, ce monde que l'on a pu, sans exagération, qualifier de merveille céleste.
Malheureusement, il avait sans doute oublié de donner rendez-vous à Saturne, qui se trouvait précisément à 30 millions de lieues de celui qui le voulait observer, si bien que celui-ci, même à l'aide de son télescope, n'en pût distinguer autre chose que ce que les astronomes terrestres en peuvent voir, sans quitter leurs observatoires.
Une chose vint faire diversion à la mauvaise humeur du savant: la route suivie par l'épave cométaire s'arrondissait autour d'un foyer invisible, tout en se rapprochant d'Uranus qui apparaissait, maintenant, comme un disque bleuâtre, d'une minute de diamètre environ.
Le froid était devenu très vif; au dehors, le thermomètre à déversement de Walferdin indiquait dix degrés centigrades au-dessous de glace au soleil, et 75 degrés à l'ombre. L'atmosphère semblait se condenser, se solidifier et se troublait, comme envahie par des vapeurs laiteuses se dégageant des fissures du sol.
Sharp, en dépit de la rigueur excessive de la température, se contraignait à faire, tous les jours, le tour entier du monde qui le portait; un peu d'exercice lui paraissait indispensable à maintenir sa santé dans un état à peu près satisfaisant, il endossait par dessus son respirol, toutes les fourrures qu'il avait trouvées dans la garde-robe du véhicule et marchant lentement, pas à pas, il donnait à ses membres l'élasticité suffisante à les empêcher de s'ankyloser.