Mais l'astre en quadrature demeurait invisible, alors l'ex-secrétaire perpétuel regagna son fauteuil et, le coude sur sa table de travail, le front dans la main, il se laissa emporter au courant de ses souvenirs.

Il se vit à l'observatoire de Poulkowa, passant des jours, des semaines, des mois, à la recherche de cette incompréhensible planète, toujours sur le point de l'atteindre et toujours la manquant d'une minute, même d'une seconde.

Enfin, il avait pu la saisir, grâce à un équatorial grossissant quatre-vingt-dix fois et il se rappelait, encore maintenant, l'émotion profonde qui s'était emparée de lui, lorsque son âme, glissant dans le rayon visuel, s'était envolée à travers l'espace jusqu'à sept cent millions de lieues du Soleil, sur le confin de cet infini peuplé d'astres étincelants, mille fois plus considérables et plus resplendissants encore que ceux de notre système solaire.

Et quand il songeait que cette planète merveilleuse, il allait dans quelques jours dans quelques heures, peut-être, la voir là, à sa portée, dans toute sa splendeur mystérieuse, il lui semblait, tellement sa joie était grande, que son cœur cessait de battre et que son sang s'arrêtait dans ses veines.

Pendant plusieurs jours, accroupi contre un hublot, l'œil à l'oculaire de son télescope, il demeura aux aguets, surveillant l'espace comme le chat qui, tapi dans un coin, guette la souris qu'il sait être dans le voisinage et que son instinct lui indique comme devant passer à portée de sa griffe.

De temps en temps, pour se délasser, il lisait les ouvrages traitant plus spécialement d'Uranus et prenait des notes en vue de cette grande conférence sur l'histoire des mondes célestes qu'il se proposait de donner comme prologue au récit de ses propres aventures et à l'exposé des nouvelles théories basées sur ses constatations personnelles.

C'est ainsi qu'il trouva, en feuilletant un ouvrage hindou traitant de l'astronomie, la mention d'une huitième planète nommée Rahu et qu'il établit que cette huitième planète, connue dans les temps les plus reculés, ne pouvait être autre chose que celle découverte par Herschell; seulement, pour les savants hindous, ce Rahu n'était nullement une planète lointaine, mais bien un monstre céleste qui avait pour mission de produire les éclipses.

Il nota encore le nom des astronomes qui, suivant les errements hindous concernant la nature planétaire d'Uranus, en avaient cependant, à une époque plus rapprochée, constaté l'existence et trouva que de 1690 à 1771, l'intéressante planète avait occupé la vie de quatre astronomes.