Peu s'en fallut même que le dernier, Lemonnier, n'enlevât à William Herschell la gloire de sa découverte; cela eût même été, si l'astronome eût eu un caractère plus ordonné, et s'il eût transcrit régulièrement ses observations; mais il avait une si singulière façon de tenir ses écritures que l'on retrouva, à l'Observatoire, une de ses observations écrite sur un sac en papier qui avait contenu auparavant de la poudre de riz.
Sic transit gloria mundi!
Un matin, Fédor Sharp ayant, suivant sa coutume en sautant en bas du divan qui lui servait de couchette, couru à son télescope, poussa un cri de joie.
Uranus était là, à la place que lui-même, par ses calculs, lui avait assignée, offrant à l'œil ravi du savant son disque auquel le micromètre accusait un diamètre de 58 secondes, près d'une minute.
Connaissant la distance exacte qui le séparait de l'astre, ce diamètre apparent lui suffit pour obtenir les dimensions du diamètre réel et il nota sur son carnet le chiffre de 53,000 qui se trouva être exactement celui de Herschell et de ses successeurs.
Pour évaluer la distance du fragment cométaire à Uranus, il lui avait suffi d'établir un rapport proportionnel entre le diamètre visible de la Terre qui est de 4", la distance de la planète à la Terre et ce diamètre de 58" sous lequel lui apparaissait maintenant le disque d'Uranus.
Rien de plus simple, comme on voit.
Un diamètre de 53,000 kilomètres.
Uranus, bien que la plus petite des planètes extérieures, avait cependant bien droit de prendre place parmi les mondes géants, puisqu'à elle seule, elle l'emportait sur le diamètre qu'on eut obtenu en mettant côte à côte les quatre planètes intérieures: Vénus, Mars, Mercure et la Terre.