Sharp, nous l'avons dit, était un savant, et ses actes avaient, en grande partie, pour but de soulever le voile mystérieux enveloppant les mondes.

Mais tandis que, chez Ossipoff, cette curiosité était sans mélange, purement scientifique et que le père de Séléna eut donné volontiers sa vie pour la possession, durant cinq minutes seulement, de l'omniscience, chez Sharp, au contraire, cette curiosité avait un but pratique.

Il ne se serait pas écrié, comme son collègue de l'Académie des Sciences.

—Savoir et mourir après s'il le faut!

Il pensait qu'il était préférable de savoir, parce que de la science découlent le profit et la gloire.

Aussi, après avoir tracé le vœu enthousiaste dont nous avons parlé plus haut, posa-t-il sa plume et, se croisant les bras, la tête renversée sur le dossier de son fauteuil, se prit-il à réfléchir.

Ses réflexions ne furent pas longues et leur résultat se traduisit par une grimace.

Non, décidément, le séjour d'Uranus ne lui souriait qu'à moitié: un calendrier de soixante mille jours, un soleil presque invisible et marchant à rebours à travers les épais nuages d'une atmosphère inconnue, des lunes d'allure étrange et incorrecte, non, décidément, tout cela ne ferait pas son bonheur.

Mieux valait la Terre, avec le triomphe qui l'y attendait.