Et sous l'empire de cette pensée, il se leva, prit son télescope, le changea de place et le braqua sur l'espace pour y chercher sa planète natale.

Cela, il l'avait fait machinalement; aussi haussa-t-il les épaules en souriant de cet oubli.

Pouvait-il apercevoir la Terre, si petite qu'elle était forcément invisible, et ensuite, si rapprochée du Soleil, qu'elle était perdue dans son rayonnement?

De même pour Mercure, Vénus et Mars; quant à Jupiter, après bien des recherches, Sharp le découvrit, mais il eut peine à le reconnaître, tellement son disque était petit et faible sa clarté!...

Il en fut de même pour Saturne qu'il distingua des autres étoiles, uniquement à cause de sa pâleur; car, ne présentant qu'un demi-disque, la «merveille céleste» n'envoyait aux Uraniens que le huitième de la clarté que lui connaît la Terre.

Neptune lui-même, si l'astronome ne fût arrivé par une série de calculs à établir mathématiquement sa place, ne se fût en rien distingué des autres étoiles dont scintillait l'espace.

Quand Sharp braqua de nouveau son télescope sur Uranus, la planète avait disparu.

Alors il poussa un profond soupir, songeant avec effroi au voyage plein de monotonie qui lui restait à accomplir, car maintenant il allait sillonner le désert sidéral sans côtoyer la moindre oasis stellaire où rafraîchir et reposer sa pensée.

Les jours s'écoulaient pour lui en une lenteur désespérante; il partageait son temps entre la lecture de volumes qu'il savait par cœur, la rédaction de ses notes de voyage et des promenades que l'exiguité du mondicule sur lequel il vivait rendait nécessairement fort courtes.