La nuit, il dormait peu et encore était-il contraint, pour forcer le sommeil à engourdir ses membres et sa pensée, d'user d'une boisson opiacée.
Et il appelait, de toutes ses forces, un événement quelconque, fût-il dangereux, qui pût l'arracher à l'espèce de catalepsie cérébrale et morale dans laquelle menaçait de sombrer son intelligence.
Comme si Dieu eut écouté son appel, il fit tomber sous la main du savant une Revue astronomique qu'il avait négligée jusque-là et qu'un soir, par désœuvrement, il se mit à feuilleter.
Tout à coup, il poussa un cri et se redressa, le visage animé, l'œil vibrant, la pommette enflammée.
Cette revue contenait un long article sur le courant astéroïdal qui trace dans l'espace son immense orbite touchant à Neptune et à la Terre.
Mais ce courant, il fallait que le fragment cométaire le traversât pour gagner la Terre et dans cette traversée, quelque chose pouvait se produire. C'était un danger,... c'était la mort peut-être!
Mais en même temps, pour Fédor Sharp, c'était un motif de sortir de cette léthargie dans laquelle il s'endormait; et, à partir de ce moment-là, il se plongea dans des calculs fantastiques pour arriver à prévoir le moment exact où il pénétrerait dans le courant.
Et c'est au milieu même de ses calculs qu'un choc formidable avait eu lieu, faisant osciller l'obus sur le sommet de la colline mercurienne qui lui servait de base.
Une seconde, Sharp avait eu la sensation d'une catastrophe finale résultant de la rencontre du mondicule qui le portait avec l'un des corpuscules du fleuve astéroïdal; puis, presque aussitôt, sous l'influence du choc en retour, il avait été arraché de son fauteuil et projeté sur le plancher où il était demeuré étourdi pendant plusieurs minutes.